Corps & esprit : des forces régénératrices étonnantes

« La médecine de demain serait donc celle qui aiderait les patients à renouer avec leurs propres capacités régénératrices. Un retour au savoir ancestraux qui pourrait avoir de profond effet sur le système de santé, permettre des économies et éviter la surconsommation de médicaments aux effets secondaires. Mais ce qu’il faut avant tout renforcer, c’est le dialogue entre les professionnels de santé et les patients, alors seulement, le médecin qui réside en nous pourra jouer pleinement son rôle. »

Diffusé l’an dernier sur arte, ce documentaire de Sabine Goette est extraordinaire. « Die Heilkraft des inneren Arztes », le pouvoir de guérison de notre médecin intérieur, nous rappelle que ce qui fait notre santé n’est pas à l’extérieur de nous et au combien nous pouvons être acteur, non seulement d’une heureuse longévité mais aussi, lorsque nous sommes malades,  de notre guérison.

Vous trouverez, sous la vidéo (51min), quelques morceaux choisis, mais vous pouvez également retrouver l’intégralité du texte du documentaire sur :  http://quandlespritgueritlecorps.blogspot.fr/

« Notre corps possède des forces régénératrices étonnantes qui l’aident à retrouver son équilibre lorsqu’il en a besoin. Cette fonction est assurée par le cerveau dont la fonction première est  de nous maintenir en vie. Chacun d’entre nous dispose de ces capacités auto-réparatrices, d’une sorte de médecin intérieur. »

« De nos jour, la médecine à un peu perdu de vue la capacité du corps humain à se soigner lui-même. Pour traiter la maladie ou soigner un organe atteint, on s’appuie avant tout sur les médicaments et la technologie. L’homme est parfois réduit à son symptôme ou à l’organe malade. On oublie qu’il est un tout, composé d’un corps mais aussi d’un esprit. Cependant, de plus en plus de médecins s’intéressent à nouveau aux capacités régénératrices de l’organisme et veulent aider les patients à contribuer à leur propre guérison. »

Professeur Gustav Dobos : « La médecine conventionnelle est devenue extrêmement spécialisée. Il y a des spécialistes du genou, du dos, de la tête de l’estomac ou encore du cœur. On consulte de moins en moins de médecins généralistes qui considèrent pourtant le patient dans sa globalité, en tenant compte de son esprit et de son état psychique. Or, quand les patients souffrent de pathologies chroniques, le problème se limite rarement à un seul organe. En général, c’est la personne toute entière qui est atteinte. Bien souvent, il ne suffit pas de soigner cet organe, il faut envisager le patient dans sa globalité et s’occuper de l’interaction entre les différents éléments de l’organisme. »

Professeur Gustav Dobos : « La médecine corps esprit s’appuie sur les aptitudes du cerveau ou de l’esprit à favoriser l’auto-régénération de l’organisme. Concrètement, cela veut dire que l’on va associer des traitements axés à la fois sur le corps et sur l’esprit. D’une part, des méthodes thérapeutiques physiques tels que les massages, le gouacha ou l’acuponcture ; et d’autre part, des techniques qui s’adressent à l’esprit et au psychisme comme la méditation, la thérapie par le dialogue ou encore les séances de restructuration commutative qui permettent de mieux gérer les pensées négatives. »

« Le stress est l’un des pires ennemis de nos capacités auto-réparatrices. Celles-ci sont beaucoup plus efficaces lorsque nous sommes détendus, optimistes et dans un état d’esprit positif. La médecine corps esprit est issue des recherches sur le stress et tient compte de ce facteur. »

« La médecine corps esprit offre avant tout des stratégies pour s’aider soi-même. Aux États-Unis, elle fait partie depuis longtemps du système de santé car elle contribue à atténuer les effets des maladies et à rester en bonne santé ; mais en Allemagne (et plus largement en Europe), on lui accorde encore trop peu d’attention. »

Professeur Gerald Huther, neurobiologiste : « La plupart des gens naissent en bonne santé. D’un point de vue neurobiologique, on a même un potentiel incroyable à la naissance. On pourrait en faire des choses ! Mais cette curiosité ou cette soif de découverte qu’on a quand on est petit, disparaissent quand on prend de l’âge. Au départ, tout ce passe bien, le corps et le cerveau savent ce qu’il faut faire pour nous maintenir en bonne santé. C’est-à-dire que le cerveau remplit parfaitement la mission qui est la sienne et pour laquelle il est structuré, à savoir : veiller sur notre corps. On peut comparer ça à la construction d’une maison. A l’origine, les fondations sont parfaitement droites et bien posées. C’est la base saine que nous avons en nous. Et puis on commence à s’adapter à notre environnement, aux exigences de notre famille, de l’école, de notre culture, et de l’époque dans laquelle on vit. Plus le temps passe, plus la maison est de guingois. Elle finit par être complètement bancale. Elle se fragilise et s’effondre. Dans le corps, c’est à ce moment-là qu’un organe lâche. Le dos, la hanche, le genou, l’estomac ou le cœur. Ils ne supportent plus ce déséquilibre, cette maison qui penche. C’est ce point faible qui provoque la maladie. Là, il y a deux possibilités : soit on essaie de consolider la maison en la réparant pour qu’elle continue à tenir debout ; soit, et c’est la solution que je privilégie, on essaie de revenir en arrière et d’aider le corps à retrouver ses capacités auto-réparatrices d’origine. »

Sara Lazar (Université de Harvard) :  » Depuis 10 ans, on s’intéresse beaucoup aux effets de la méditation sur l’activité et la structure du cerveau. On s’est aperçu qu’une pratique régulière de la méditation provoque des changements dans les connections à l’intérieur du cerveau et dans la communication intercellulaires, et ces effets s’accumulent avec le temps : plus on médite, plus le cerveau se modifie. D’après les premiers résultats obtenus par Sara Lazar, la méditation pourrait aussi retarder le vieillissement du cerveau. »

Brita Utzel : « On a fait des examens avant et après la formation à la méditation et on s’est rendu compte que l’épaisseur de la matière grise avait augmentée dans certaines zones du cerveau, comme l’hippocampe. C’est intéressant, parce que l’hippocampe est sensible au stress et que les neurones de l’hippocampe peuvent mourir quand le niveau de stress et le taux de Cortisol sont trop élevés. La plasticité du cerveau est vraiment fascinante. Les changements intervenus au court d’un stress sont donc réversibles et la matière grise semble se reconstituer. »

Christa Diegelmann : « l’activité du cerveau fait aussi réagir le corps. Quand on demande au patient de se représenter en train de mordre dans un beau citron jaune, on observe tout de suite une réaction de salivation. On voit bien comment le corps réagit au pouvoir de l’imagination. »

Dr Ulrike Bingel : «  Dans un placebo, ce n’est pas le contenu du comprimé proprement dit qui agit, c’est la croyance qu’on a dans ses effets. Ça fait appel à plusieurs facteurs psychologiques : la croyance, l’espoir, mais aussi les expériences passées avec les médicaments. Si j’ai une attente positive par rapport aux médicaments, si je pense qu’une crème va calmer ma douleur ou qu’un cachet va faire passer mes hauts le cœur, l’effet placébo intervient. »

« L’idéal est donc d’associer les médicaments et autres traitements avec des attentes thérapeutiques positives. Cela permet de limiter les effets secondaires indésirables des substances, voire de réduire les doses médicamenteuses. Le médecin joue lui aussi un rôle décisif : s’il est capable d’établir une relation de confiance avec le patient, il peut faciliter la guérison ; si, au contraire, il véhicule des sentiments ou des attentes négatives, cela sera nuisible au processus ou même au patient car c’est alors qu’intervient le jumeau maléfique de l’effet placébo : l’effet nocebo. La confiance et les attentes du patient sont donc déterminantes, et cela passe non seulement par le médecin, mais aussi par les notices de médicaments ou les informations diffusées par les médias. »

Dr Ulrike Bingel : « Honnêtement, on connait ces effets depuis plusieurs millénaires. Hippocrate expliquait déjà que certaines herbes ne faisaient effet qu’en association avec certaines paroles. Ce sont des connaissances très anciennes et beaucoup de médecins les utilisent depuis longtemps de façon intuitive, sans forcément les exprimer sous cette forme. Mais moi, j’aimerai qu’elles soient appliquées par tous de façon beaucoup plus systématique et pas seulement par quelques médecins. Il faudrait que ce soit mieux pris en compte dans l’ensemble du système de santé. »

Professeur Gerald Huther : « Tous les établissements médicaux, les hôpitaux par exemple devrait prendre en compte ces connaissances qui nous viennent de la biologie, de la physiologie et de la neurobiologie. Et ils devraient tout mettre en œuvre pour que les patients soient en mesure de réactiver leurs capacités d’auto-régénération. »

Dr Gerd Nagel : « Nous devons apprendre à mieux cerner les forces des patients ; les aider à renforcer leurs ressources, et à tenir compte de ces ressources dans le traitement médical. Je me suis rendu compte à cet époque que nous avions des lacunes énormes en la matière. »

En 1993, le docteur Gerd Nagel a ouvert sa propre clinique de biologie tumorale à Fribourg. Il a pu mettre en application sa conception d’une médecine holistique centrée sur les patients.

Dr Gerd Nagel : « Je pense que les capacités de guérisons de chacun offrent un potentiel énorme pour surmonter les maladies, y compris dans le cas d’un cancer. Et nous sous-estimons beaucoup ces capacités. Le plus difficile, c’est de cerner le potentiel du patient qui est en face de moi, parce qu’on ne peut pas généraliser. Dans la médecine conventionnelle, on apprend des généralités et des schémas bien définis, mais lorsqu’il s’agit d’incorporer les forces propres à un patient dans le processus de guérison, il faut commencer par les identifier, et c’est là toute la difficulté : découvrir le potentiel de tel individu. »

Dr Gerd Nagel : « Je suis un peu virulent sur le sujet, mais il faut le claironner partout. C’est un scandale que le système de santé ne se préoccupe pas de rendre les patients compétents. On finance tous les traitements possibles et imaginables mais en dehors de la médecine de rééducation, on ne finance pas du tout ce qui pourrait encourager la compétence des patients : ce qui les aiderait au quotidien. Or, cette forme de conseil, c’est vraiment l’avenir du système de santé. Je crois qu’à terme, ce genre de prestation finira par être remboursé par les caisses d’assurance maladie. J’en suis certain parce que notre société en a besoin. Je continuerai à me battre pour ça jusqu’à la fin de mes jours. »

 

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